Un reportage exclusif sur la 5e session de négociations du groupe de travail intergouvernemental de l’ONU chargé d’élaborer un traité contraignant les multinationales à respecter les droits humains et l’environnement qui vient de s’achever la semaine dernière.
Si les interventions, notamment côté européen, ont été cette année plus constructives, il est temps pour tous les États de se montrer plus ambitieux et de renforcer le texte. De la rupture du barrage à Brumadinho au Brésil à l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, l’année 2019 a été une fois de plus marquée par les impacts sociaux et environnementaux néfastes de l’activité des multinationales. La Coalition française pour un traité à l'ONU appelle donc les États à jouer pleinement leur rôle.
L’Union Européenne doit sortir de son un attentisme et arrêter de se cacher derrière l’absence d’une position commune. Alors qu’elle a toujours été moteur du processus, la société civile a vu la continuité de sa participation dangereusement remise en cause par la Chine, le Brésil et la Russie le dernier jour des négociations. Même la Suisse s'est retiré de la table des négociations sous la pressions des lobbies.
La semaine du 14 au 18 octobre, les États ont poursuivi les négociations sur le contenu détaillé du traité. L’Union européenne (UE), qui avait multiplié les stratégies d’obstruction ces dernières années, ne conteste plus la légitimité du processus. Elle a toutefois utilisé l’absence de mandat de négociation comme prétexte pour rester muette sur le fond. Or il y a urgence, comme l’expriment les 660 000 signataires européens de la pétition “Des droits pour les peuples, des règles pour les multinationales”.
La France, l’Espagne et la Belgique ont tout de même rompu avec l’immobilisme de l’UE en prenant la parole à quelques reprises pendant les discussions article par article. Les interventions des États en faveur du Traité sont d’autant plus importantes que nombre de pays demeurent des opposants fermes.
Quoi qu’il en soit la version actuelle du traité reste très insuffisante face aux enjeux : réguler les multinationales, prévenir les violations tout au long de leur chaîne de valeur et garantir l’accès à la justice des personnes affectées. Des amendements de fond doivent être poussés et il est essentiel que les États se saisissent en ce sens des recommandations de la société civile et s’appuient sur leur expertise et la voix des communautés affectées.
Nous avons interviewé Juliette Renaud à l'ONU mais cette interview a été interrompu par un agent onusien de la censure. Force est de constater que cette censure est efficace puisqu'aucun média n'a parlé de cette conférence et des manifestations.