PHILIP K. DICK, le dieu de Marc Gray, drogué jusqu'à la moelle !
Philip K. Dick naît en 1928 avec une sœur jumelle, Jane, qui décède à l'âge de 6 semaines des suites d'une intolérance
au lait maternel. Philip portera toute son existence le deuil de cette "moitié" idéalisée par une mère névrosée et toute
puissante. (D'où son problème avec la dualité, c'est moi qui rajoute)
Le divorce des parents lorsque Philip Dick a 3 ans, son enfance passée entre la mère, la grand-mère et la tante viennent
renforcer ce pouvoir féminin. Seul héritier mâle d'une famille où la lignée paternelle est niée ou pressentie comme une
dynastie d'assassins, Philip Dick a du mal à s'identifier au père et à s'assurer de sa propre existence. (11)
Dès l'âge de 14 ans, le jeune garçon consulte en psychiatrie pour troubles du comportement, agoraphobie, tendance au
repli et ses écrits rendront compte de façon grinçante de ses rapports avec les médecins. (4)
Sa difficulté à la vie en société, et probablement un apragmatisme décrit comme asthénie dépressive, le contraignent à
interrompre des études et à rechercher activement un mode de vie marginal. A cette époque, Philip Dick est déjà
dépendant des psychotropes, essentiellement des anxiolytiques dont il abuse pour lutter contre son agoraphobie, précise
Kléo qu'il épouse en 1950.
Ce mariage coïncide avec l'époque des premières publications de la pauvreté et de la rencontre avec les amphétamines,
aliment indispensable à une production artistique intense, mal rémunérée mais unique moyen de subsistance.
Après 8 ans d'une vie conjugale basée sur la complicité, relation probablement narcissique dans la tentative de
reconstituer le couple gémellaire, Philip rencontre Ann, jeune veuve et mère de trois filles.
Fasciné par cette femme de trente ans qui évolue dans un milieu littéraire et par la cellule familiale féminine qu'elle
constitue avec ses enfants (Souvenirs des années d'enfance passées entre sa mère, sa grand-mère et sa tante maternelle ?)
il divorce pour épouser Anne.
Pendant trois ans, Philip Dick surmonte son agoraphobie et s'intègre à la vie familiale et sociale. En 1960 naît sa fille,
Laura.
Mais, son ambition de devenir un "vrai" écrivain reconnu, de littérature générale
-espoir de sa mère entretenu par Anne- sera déçue : en reste un récit qui constitue une vision très sarcastique et décalée
de son deuxième mariage : Les Confessions d'un Barjo. Renonçant à ses efforts d'embourgeoisement, Philip s'enferme
pour bâtir un nouveau récit de science-fiction, et son premier chef-d'oeuvre reconnu : Le Maître du Haut Château. Ce
roman reprend un thème cher à l'écrivain, celui de la projection selon Jung : "ce dont nous faisons l'expérience comme
réalité extérieure pourrait bien être en fait une projection de notre inconscient".
Pendant les deux années qui suivent, Philip Dick publie neuf romans : "mon rythme était de soixante pages achevées par
jour et le seul moyen d'y arriver était de prendre des amphétamines". Mais l'écrivain commence à subir certains effets
secondaires des médicaments : alternance de moments dépressifs intenses et d'états d'excitations maniaques avec
ébauche d'un sentiment de persécution sous amphétamines.
L'inévitable séparation de Anne et Philip est officielle en 1965. L'écrivain se remarie avec Nancy, dépressive et fragile,
leur fille Isa naît en 1967. Acculé à l'urgence financière, Philip K. Dick dépend plus que jamais des amphétamines et son
oeuvre témoigne de cette période de terreur et de dépression par des récits ou l'homme intervient comme seul
rédempteur face à une déité maligne et satanique. Contraint d'interrompre sa consommation de stimulants pour des
raisons de santé, Philip K. Dick plonge dans un profond apragmatisme qui inhibe sa production littéraire. Nancy le
quitte en 1970.
Philip vivra pendant 18 mois avec un groupe de "junkies", avant de séjourner dans une communauté thérapeutique
canadienne.
En 1973, théoriquement sevré des amphétamines, il s'établit à Orange County avec Tessa, âgée de 18 ans. Leur fils,
Christopher, naît la même année. Conséquence ou non de cette paternité ? Psychose amphétaminique chronique ou
décompensation schizophrénique ? Philip K. Dick connaît un nouvel épisode mystique qui l'obsédera jusqu'à sa mort.
L'écrivain, convaincu d'être le rédempteur de l'humanité communique avec une puissance divine : "le rayon rose", qui lui
aurait inspiré trois de ses derniers romans, et un texte ouvertement pathologique (Radio Libre Albemuth). Cette trilogie
a soulevé bien des polémiques entre les fanatiques prêts à considérer Dick comme un mystique, déniant ainsi
l'éclatement de sa réalité interne et un public plus critique. Les mécanismes délirants interprétatifs et hallucinatoires ont
envahi l'univers de Philip Dick. Suite là :http://www.hopital-marmottan.fr/publications/RIGONI%20-%20AMPHETAMINOMANIE_PSYCHOSE_ET_CREATION_LITTERAIRE.pdf